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Système médiatique : Se développer dans un marché des contenus médiatiques globalisé et digitalisé

Système médiatique : Se développer dans un marché des contenus mé...

20 ans après l’abrogation du monopole de l’Etat en matière de radio et télévision, le paysage audio-visuel marocain libéralisé est désormais marqué par une diversification croissante et une politique de régulation responsable. Mais cet écosystème médiatique est aussi confronté, depuis quelques années, à des défis qui le mettent à rude épreuve : impact de la crise pandémique, mutations technologiques rapides, modèle économique bousculé, érosion de la ressource publicitaire, etc…

Dans ce numéro, l’invitée d’Artemis est Mme Latifa Akharbach, Présidente de la HACA qui nous livre dans cette interview, une radioscopie du secteur et de ses contraintes, les perspectives de son évolution et le rôle de la HACA en tant qu’instance constitutionnelle indépendante en charge de la régulation des médias audiovisuels.

Quelle mission de la HACA vous parait prioritaire dans le contexte des évolutions qu’a connues le paysage médiatique marocain au cours des dernières années ?
L’exercice éclairé par le régulateur de ses attributions légales impose une démarche de suivi et d’adaptation continus aux réalités du secteur et aux attentes du citoyen usager. La HACA comme tous les régulateurs des médias de par le monde, est interpellée par l’accélération sans précédent des évolutions que connait la communication et les multiples impacts que cette mutation produit dans la vie des individus et des sociétés.
Pour notre pays, il est capital que les efforts et les visions du régulateur, des opérateurs et des pouvoirs publics convergent pour créer les conditions de développement du secteur de l’audiovisuel en termes de capacité de production, de viabilité économique et d’innovation. C’est la capacité à développer, à produire et à distribuer une offre de contenus médiatiques marocains aux standards internationaux et à exister sur un marché globalisé et digitalisé qui dira le mieux si, oui ou non, on a réussi ensemble, à construire un système médiatique national performant. Les médias sont une industrie à part entière qu’il faut traiter spécifiquement car l’enjeu n’est pas uniquement économique. Ce que produisent les médias influence le système des valeurs, la cohésion et le développement démocratique d’une société.
C’est pour cette même raison, que la mission d’accompagnement des opérateurs éditeurs de services de radio et de télévision, publics et privées, pour la promotion de la création et la production nationales est dans la perspective de la HACA, une action à portée stratégique. Cette mission ne peut s’accomplir à travers la seule inscription dans les cahiers des charges des opérateurs d’obligations en matière de production nationale. Il y a besoin d’un véritable travail de veille, d’étude, de concertation et de production normative. Nous essayons de développer notre propre apport mais aussi de sensibiliser l’ensemble des acteurs et parties prenantes à ce grand chantier. La HACA promeut et défend en permanence ce type de démarches auprès des autorités publiques et du pouvoir législatif. Le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle -CSCA- donne des avis consultatifs sur les projets et propositions de loi qui ont un rapport avec le développement du secteur de l’audiovisuel. Mais il est clair que l’action et la mobilisation de tous les acteurs et les protagonistes du secteur, y compris la HACA, sont appelées à monter en charge.

La HACA a été mise en place en 2004, constitutionnalisée en 2011 et réformée en 2016, comment expliquer cette évolution du cadre institutionnel du régulateur en si peu de temps ?
Cette évolution est liée au rythme élevé des changements connus par l’environnement médiatique national et global. En peu de temps, le citoyen consommateur passif de médias audiovisuels linéaires et de masse est devenu aussi un internaute actif sur les réseaux socionumériques. Mise en place en 2004, pour faire émerger un secteur privé et accompagner les médias publics en matière de garantie de l’expression des courants d’opinion et de pensée majeurs qui traversent la société marocaine, la HACA a dû évoluer pour – par exemple- permettre au citoyen de mieux faire entendre sa voix sur les programmes audiovisuels diffusés par les opérateurs publics et privés.
Toutes les évolutions connues par le mandat de la HACA, en 2011 comme en 2016, ont eu ce même fil directeur : une plus grande ouverture sur son environnement, un plus grand ancrage de son action dans le processus de démocratisation et la consolidation de son indépendance grâce notamment à son élèvement au rang d’instance constitutionnelle.
Autre explication de cette logique de maturation institutionnelle : la HACA a été, comme tous les régulateurs dans le monde, interpellée par les nouvelles problématiques émergeantes – devenues rapidement centrales-, avec la percée phénoménale de l’Internet et des technologies digitales, qui ont bouleversé à la fois les métiers et le modèle économique de l’audiovisuel ainsi que les modes de consommation et les habitudes d’exposition aux contenus médiatiques. Cela a entraîné une réflexion sur le périmètre d’intervention de la HACA et les modes d’interaction avec son environnement. C’est le sens de la réforme de 2016 qui, entre autres, a reconnu au régulateur un rôle en matière d’éducation aux médias, de promotion de l’égalité hommes-femmes, de promotion des langues nationales et de protection de la concurrence libre et loyale.
L’évolution ne s’arrêtera certainement pas à ce stade. La HACA, comme toute institution dont l’action est orientée vers la réalisation de l’intérêt public, est appelée à s’adapter constamment aux mutations de l’environnement dans lequel elle se meut. Elle est redevable devant la société et se doit de prendre en charge les nouvelles attentes et les besoins croissants des citoyens. L’explosion des technologies numériques de l’Information et de la Communication et l’avènement de l’offre plateformisée transnationale ont, partout, relevé le niveau d’exigence des publics des médias. Notre pays ne fait, bien évidemment, pas exception.

Pourquoi insistez-vous souvent dans vos interventions et vos prises de parole sur l’action de la HACA en matière de promotion des valeurs démocratiques et de la culture des Droits de l’Homme ?
La réponse est évidente : parce que la mission première d’un régulateur indépendant des médias est de veiller à la consolidation et à la préservation des conditions objectives nécessaires à l’exercice et à l’épanouissement de la liberté éditoriale des opérateurs médiatiques, à l’accès aux médias et à la liberté d’expression des différents courants d’opinion. En tant que régulateur des contenus médiatiques audiovisuels diffusés par les éditeurs publics et privés, la HACA a une action déterminante dans la garantie du respect, dans ces programmes diffusés, des valeurs démocratiques et des principes des Droits Humains. Les sanctions comme les normes et les recommandations édictées par le CSCA n’ont d’autre objet que de promouvoir la culture des droits de l’Homme, la diversité culturelle, le pluralisme politique, la parité, l’égalité citoyenne, l’inclusion, la cohésion sociale, la lutte contre le discours de haine, etc. Comme d’autres institutions constitutionnelles indépendantes, la HACA est un contributeur important aux efforts collectifs pour l’édification d’un modèle de société démocratique, ouverte, égalitaire et moderne.
Si j’insiste sur cette dimension démocratique de l’action de la HACA, c’est aussi pour rappeler que c’est l’exercice de ces libertés qui doit être le levier d’épanouissement des valeurs fondamentales de toute vie en communauté. Toutes les décisions de la HACA sont fondées sur le principe de la liberté éditoriale des radios et télévisions qu’elles soient publiques ou privées. Dans de très nombreuses décisions, à la suite de plaintes par exemple, le CSCA a réaffirmé le principe de la liberté éditoriale dans ses différentes déclinaisons : liberté de traitement journalistique et technique, liberté d’expression des participants aux émissions, liberté de création, liberté de programmation, etc. La dimension démocratique est dans l’ADN de la HACA. L’instance de régulation a été mise en place dans le cadre du processus ambitieux de réformes démocratiques initié par Sa Majesté le Roi dès le début de son règne.
Enfin, la conciliation rigoureuse, circonstanciée et continue des libertés fondamentales, des valeurs humaines et de la responsabilité sociale des médias est le point nodal de l’action et du mandat de tout régulateur des médias. Et c’est aussi pour partager cette vision que je rappelle les fondamentaux de la mission de la HACA.

Sur un autre plan similaire, la question de l’égalité du genre continue à soulever des préoccupations et interpeller avec insistance l’opinion publique. Dans votre rôle de veille sur le respect par les opérateurs de cet objectif, l’on observe à travers les statistiques de vos relevés du pluralisme publiés, une certaine timidité dans l’engagement d’une véritable percée. Est-ce que les opérateurs doivent s’y impliquer davantage ?
Tout d’abord permettez-moi de préciser en quoi consistent les relevés du pluralisme que vous évoquez. Il s’agit des résultats du suivi par la HACA de l’expression pluraliste dans les médias audiovisuels à travers la mesure du temps de parole des personnalités publiques qui se sont exprimées dans les journaux et les magazines d’information. Il s’agit de s’assurer que l’ensemble des courants politiques, syndicaux, associatifs, et des différents corps professionnels sont bien pris en compte dans le débat public médiatique. Pour inciter à la promotion de la représentation juste et équitable des femmes dans les médias audiovisuels, la HACA a pris depuis 2010, l’initiative de « gendériser » les indicateurs de mesure du pluralisme en mettant en exergue par exemple la répartition hommes femmes de ce temps de parole.
Afin de sensibiliser à la situation que vous décrivez, le régulateur a agrégé les données de ces relevés du pluralisme sur les dix dernières années. Il y a certes une évolution puisque le temps de parole des femmes dans les programmes d’information des radios et télévisions a presque doublé mais il reste plafonné à moins de 20% du temps de parole global des personnalités publiques. C’est bien en deçà de l’exigence paritaire. Les femmes actrices dans l’espace public ou détentrice d’une expertise demeurent sous-représentées parfois même ”invisibilisées”. Mais ce constat ne permet pas de conclure que seule la responsabilité des médias est engagée à ce propos. Le renforcement de la présence des femmes dans les médias passe aussi par une évolution des corps sociaux, et par l’accès des femmes au ”porte-parolat » au sein des partis politiques, des syndicats, des organisations professionnelles, etc.
Au cours de ces dernières années, les radios et télévisions et notamment le service public, ont fait montre d’une proactivité importante pour faire entendre la voix des femmes. Ils ont par exemple créé des comités internes de veille, de parité et de diversité pour pérenniser les démarches paritaires et ancrer dans les rédactions les principes de l’équité et de l’égalité de genre.
Pour sa part, la HACA a multiplié les rencontres et les ateliers dans ce sens en impliquant non seulement les médias mais aussi les organisations de Droits Humains et les associations de la société civile actives dans le domaine de l’autonomisation des femmes. Le changement ne peut être qu’une œuvre collective dans ce domaine.

Les acteurs du paysage audiovisuel vous semblent-ils remplir en nombre, en diversité et en qualité, les exigences essentielles d’un pluralisme attendu de ces acteurs tel que prôné par la constitution et dont la HACA en est la garante ?
Pour appréhender le bilan de la libéralisation des ondes 20 ans après l’abrogation du monopole de l’Etat en matière de radiodiffusion et de télévision et l’ouverture du secteur à l’initiative privée, il y a lieu de noter que le citoyen marocain a aujourd’hui le choix entre 34 radios FM, publiques et privées (dont 16 radios régionales de proximité), 12 télévisions et un bouquet de 11 radios musicales privées diffusées sur Internet. Certes, il existe encore de très grandes marges de progression en matière d’offre audiovisuelle nationale, mais les acquis ne sont pas à sous-estimer. Aujourd’hui, la quasi-totalité de la population est couverte par une offre audiovisuelle nationale diversifiée en termes de thématiques et de langues.
Pour l’octroi de licences, le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle veille particulièrement, tel que requis par la loi, à la pluralité des opérateurs et à la diversité de l’offre destinée au public. Il est à noter aussi que le service public a très significativement enrichi son offre au cours de ces dernières années à travers le lancement de nouveaux services axés notamment sur le cinéma, la religion et le sport, mais aussi à travers le renforcement de l’offre en radios régionales.
Au plan de la diversité linguistique, un grand effort est fourni par le service public mais aussi par de nombreux opérateurs privés ; ce qui permet au système médiatique marocain de renforcer sa contribution à la promotion des droits culturels des citoyens marocains.
Je tiens aussi à rappeler qu’il y a une mobilisation collective de la HACA, du service public et des opérateurs privés pour assurer l’équité territoriale en matière de couverture du territoire national en services de radio et de télévision afin de faire profiter tous les citoyens des bénéfices de la libéralisation du secteur audiovisuel. La HACA n’a eu de cesse d’agir pour renforcer les disponibilités du parc fréquentiel exploitable. A ce titre, rien qu’en 2021, la HACA a assigné aux opérateurs 61 fréquences pour l’extension aux zones rurales et éloignées, de la couverture des services qu’ils éditent, dont 59 fréquences FM (pour la radio) et 2 canaux TNT (pour la télévision).

Comment se caractérise la situation économique des radios et télévisions marocaines notamment dans le contexte postpandémique ?
La pandémie de la Covid-19 a commencé comme une crise sanitaire sans précédent et est rapidement devenue une crise sociale, économique et financière. Dans le domaine des médias, elle a entrainé un bouleversement à la fois de l’offre et de la demande, impactant ainsi les modèles d’affaires des entreprises audiovisuelles et affectant leur résilience.
L’impact de la crise sanitaire sur les finances des opérateurs, notamment privés, résulte ainsi, entre autres, du changement des habitudes du public en matière de consommation des médias et de l’influence que ce changement brutal a eu sur le rythme de la transition vers la publicité digitale observée au niveau de la politique d’investissement des annonceurs.
En effet, la crise sanitaire a eu pour effet d’augmenter la consommation d’Internet dans 71% des foyers (84,5% des foyers disposent d’un accès Internet, (source : ANRT Enquête de collecte des indicateurs TIC auprès des ménages et des individus au niveau national au titre de l’année 2020)
Les politiques de quarantaine et de confinement généralisé ont entraîné de profonds changements dans les attitudes, les normes sociales (télétravail, enseignement à distance), la consommation en général (accélération du e-commerce et des services en ligne) et la consommation de médias numériques en particulier. Les nouvelles attitudes et réactions pourraient se transformer, pour une bonne partie, en habitudes et réflexes au-delà de l’épidémie et changer notre société de façon irréversible.
En 2020, le chiffre d’affaires publicitaire du secteur privé a connu une baisse de 37,6%. Quant au résultat d’exploitation des opérateurs audiovisuels privés, il a accusé un déclin de 66,5%. Cette situation est aggravée par l’allongement continu des délais de recouvrement des créances qui, selon les déclarations des opérateurs, ont atteint 259 jours en 2020. Le rapport annuel de la HACA au titre de cette année, publié sur notre site www.haca.ma, donne de nombreux détails significatifs à ce propos.
Cela dit, la crise pandémique n’a fait que révéler sous un jour plus accentué et plus abrupt parfois, des vulnérabilités économiques et professionnelles du secteur qui étaient présentes et perceptibles depuis de nombreuses années.

Mais, est-ce le signe d’une incapacité de ces opérateurs à adapter leurs offres et leur modèle économique à cette reconfiguration du paysage audio-visuel par les nouvelles voies technologiques ?
La particularité de la révolution numérique de la communication est qu’elle a créé un espace médiatique transfrontières où l’audience comme l’offre de contenus sont globalisées. Le fonctionnement technologique des plateformes numériques géantes de partage de contenus permet en outre un ciblage précis et efficace des publics. Ces derniers sont fidélisés et attirés de différentes manières notamment à travers des systèmes de recommandation très puissants utilisés par ces plateformes numériques. Dans cet environnement d’offre « plateformisée » et massive de contenus, le comportement du public des médias a lui-même été bouleversé. Cette nouvelle donne a créé de nouveaux impératifs de transformation et d’innovation professionnelle et économique pour l’ensemble des médias partout dans le monde.
Au Maroc, il est bien évident que le modèle économique classique de la radio et de la télévision est mis à rude épreuve d’autant plus qu’il y a eu un basculement des investissements publicitaires vers les réseaux sociaux et les plateformes.
Les opérateurs audiovisuels nationaux ont amorcé leur adaptation à la nouvelle donne numérique depuis quelques années. Beaucoup d’entre eux ont déjà investi le digital, selon des stratégies individuelles, en exploitant les diverses opportunités qu’il offre, notamment en termes de mise en place d’applications mobiles et de production de podcasts. Certains opérateurs ont fait preuve d’une réelle agilité numérique et ont réussi à fidéliser un nouveau public, aussi bien au Maroc qu’à l’étranger.
Toutefois, la question qui se pose dans notre pays est celle de savoir si, face à la force de frappe des « puissances digitales », une approche individuelle des opérateurs ne risque pas d’atteindre rapidement ses limites. N’y a-t-il pas besoin d’une véritable stratégie numérique nationale suffisamment intégrée et ambitieuse pour que le secteur de l’audiovisuel en particulier et celui des industries culturelles, médiatiques et créatives en général, puisse relever les défis d’innovation et de transformation imposés par ce nouvel environnement de grands bouleversements ?

Quel est selon vous le défi majeur que doit relever l’audiovisuel national dans une situation où la communication est devenue globalisée et digitalisée ?
Du point de vue du régulateur qu’est la HACA, le principal défi pour le paysage national est de consolider les conditions objectives de viabilité et de performance, des médias nationaux, pour maintenir, au profit du citoyen marocain, une offre nationale d’information, de divertissement, de culture et d’éducation diversifiée, plurielle, de qualité et de proximité. Le défi est économique et technologique, certes. Mais, l’enjeu est aussi culturel. Il est important que le produit audiovisuel national garde une place de choix auprès de l’audience marocaine, tant sur le territoire national qu’à l’étranger.
Un service public de l’audiovisuel a, bien évidemment, besoin d’avoir les moyens de ses missions. Mais les moyens à eux seuls, ne créent pas mécaniquement la performance. L’innovation dans ce domaine comme dans bien d’autres, n’est pas une simple question de logistique et d’infrastructures. Les compétences humaines sont un atout majeur. Les questions de formation et de formation continue se posent déjà de manière urgente à tous les niveaux de la chaîne de valeur médiatique tant dans le secteur public que privé.
Concernant l’offre audiovisuelle privée, il y a besoin d’une véritable vision économique et culturelle intégrée pour que la libéralisation se déploie davantage. La HACA reçoit par exemple, régulièrement, des doléances de citoyens de régions éloignées demandant l’extension de la couverture des radios privées. Pendant la crise pandémique, chacun a pu constater que les radios et télévisions privées assumaient aussi des missions de service public.
Il est permis donc de conclure que l’offre audiovisuelle privée a su trouver son public et qu’il nous faut travailler collectivement et solidairement, à la mise en place de conditions permettant un plus grand développement du paysage médiatique national.

L’on observe que les régulateurs à travers de nombreux pays démocratiques font face à la difficulté d’équilibrer entre le respect de la liberté d’expression et le souci de protéger le public-usager des médias audiovisuels et numériques. Comment la HACA intègre-elle cette équation dans le respect de sa mission ?
La mission première d’un régulateur des médias est la protection de la liberté d’expression, en tant qu’exigence démocratique et principe fondamental de l’Etat de droit. Cette mission n’est pas antinomique avec l’édiction de normes et de règles engageant les éditeurs de services de radio et de télévision au respect de certaines exigences de l’ordre public, telles que la préservation de la dignité humaine, la lutte contre le discours de haine, la présomption d’innocence, la promotion de la culture de la parité et de l’égalité citoyenne, la protection du jeune public, la garantie du droit à l’information et du pluralisme d’opinion, etc. Outre la garantie du respect de ces exigences participant de l’ordre public, le régulateur des médias veille également au respect dans les contenus médiatiques, de certains droits des tiers, tels que la préservation de la réputation et de la vie privée des personnes.
La HACA, comme tout régulateur indépendant, exerce une régulation ex post sans aucun préjudice à la liberté éditoriale des opérateurs. La jurisprudence régulatoire de la HACA montre que dans le traitement des plaintes qu’elle reçoit, le Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle prend toujours des décisions qui consacre la primauté de la liberté d’expression des journalistes, des invités des émissions et du public.

La HACA est très active au sein de son environnement régional et continental. Quelle est la finalité de ce dynamisme international ?
Dans la nouvelle réalité médiatique, les frontières s’estompent chaque jour un peu plus et les évolutions technologiques produisent des changements disruptifs dans toutes les sociétés. Le régulateur est tenu de ce fait d’étendre sa réflexion au-delà de la logique territoriale. Une coopération étroite et permanente avec les régulateurs étrangers homologues est salutaire, en ce qu’elle permet un échange régulier tant sur la perception de l’état des lieux et des défis que sur les expériences et les approches de régulation. Les contenus médiatiques sont désormais offerts sur un marché sans frontières du fait de la transformation numérique des médias et de la communication. Cela oblige les régulateurs à plus de veille professionnelle et plus d’échanges d’expériences.
Ayant très bien perçu ce nouvel impératif, la HACA a développé une action de coopération très pragmatique avec nombre de régulateurs de pays dans différentes sphères géographiques internationales. L’action panafricaine est pour des raisons évidentes de proximité culturelle et de solidarité continentale considérée comme prioritaire pour nous. Dans ce cadre, la HACA accèdera en septembre prochain à la présidence du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication, le RIARC, après avoir été élue à la vice-présidence en 2018 au Cameroun. Cette présidence permettra à la HACA de jouer un rôle moteur dans la dynamisation des échanges et des partages professionnels entre les membres de la plateforme africaine.
La Conférence des Présidents qu’organisera la HACA donnera le la à ces échanges à travers la tenue d’une conférence internationale sur le thème des nouveaux défis professionnels, culturels et économiques qui s’imposent à l’audiovisuel africain dans le nouvel environnement global de la communication.

L’intégralité de l’interview est consultable sur ce lien  Lettre ARTEMIS V23

www.artemis.ma

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